Journal de Samuel Campiche, Etats -Unis 1941
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- 28 avr.
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journal de Samuel Campiche, extraits
2e partie : la guerre en paix
17 avril 1941
Allen, de retour de Paris où il était délégué de la Croix Rouge Américaine jusqu'en mars, affirme que les horreurs dont on parle sont de la propagande, que l'armée allemande se tient correctement, etc.
Virginie, mai 1941
Warrenton Gold Cup. Après la course, réception chez les Vogels, une estrade en pleins champs sur laquelle on danse aux sons d'un orchestre noir, au milieu de frondaisons mouvantes, assombries par l'approche d'un orage.
New York, 28 mai 1941
Je ne devrais pas mettre de sentiments dans les contacts sociaux. Utiliser la société, car si on attend de la pitié, reconnaissance, mémoire, grosse déception, I do not achieve anything.
New York, 30 mai 1941
Visite de Fritz Real au milieu de mon départ. Puis, brusquement, cette déclaration :
« We may need you at the legation. In case of war and freezing of funds, we’ll need somebody else and the Ministre likes you very much, so you are the first on the list.”
Soudain, grande joie pure, mais ensemble, mélangée de crainte que ça ne marche pas ou d’être compliqué. Mais que cela vient à point au moment où peu d’espérance à la banque.
New York, 1er juin 1941
"Crete falls"
Lettre de Pierre {1}, il a commandé une électromobile ; le court de badminton supprimé au profit de carottes.
{1} Pierre Campiche, l'un de ses trois frères aînés.
10 juin 1941
Week-end chez Drayton à High Over. Retour avion, par nuit de lune, lacs de mercure qui s'allument et disparaissent. Deux cargos sous la lune dans un port. Free french and french battle in Syria. Histoire de l'ambassadeur Haye {1} après un grand dîner : "nous avons perdu notre réputation militaire, mais non notre réputation culinaire."
{1} Gaston Henry-Haye, pétainiste et ambassadeur de la France de Vichy à Washington. À ce moment, les États-Unis et Vichy sont encore en relation diplomatique.
16 juin
22 juin 1941
La Russie et l’Allemagne en guerre.
(attaque de l'URSS par l'Allemagne, opération Barbarossa)
New York, 15 août 1941
Vendredi, téléphone de Real à 5 h. À 5 h 10, je donne ma démission de la banque. Samedi matin, départ pour Washington, lundi, je commence mon travail à la Légation.
Washington, automne 1941, Légation suisse
Vif échange de propos qui tourne presque à l'altercation entre les deux conseillers qui dans un couloir se disputent la possession d'un fauteuil revêtu de prestige.
Mlle B., vieille fille, veille sur l'"Enigma" {1}. Elle loge depuis des années au dernier étage de la Chancellerie, au haut d'un escalier abrupt dont elle interdit l'accès à ceux qu'elle n'aime pas, c'est à dire à tout le monde, dont je suis. Elle fait peur, un petit bull-dog l'assiste.
{1} machine à déchiffrer. Note de l'IA de Google en mars 2026 : "Pendant la Seconde Guerre mondiale, la diplomatie suisse utilisait principalement une version commerciale de la machine à chiffrer allemande
Enigma, connue sous le nom de Enigma type K (pour Kommerziell ou commerciale).
Schweizerisches Nationalmuseum +1
Voici les détails clés concernant cet usage :
Enigma K (Commerciale) : Contrairement aux versions militaires allemandes plus complexes, l'Enigma K était moins sécurisée, ce qui posait des risques de sécurité.
Utilisation étendue : Bien que l'armée suisse ait également utilisé cette machine, son usage a persisté longtemps au sein des services diplomatiques.
Transition après-guerre : Après la guerre, la Suisse a développé sa propre machine, la Nema, pour remplacer les Enigma jugées peu sûres.
Schweizerisches Nationalmuseum +2
Bien que les Alliés aient brisé le code des Enigma militaires allemandes, l'utilisation de la version K par une nation neutre comme la Suisse durant cette période est un aspect notable de l'histoire du chiffrement."
Howard est l'homme à tout faire et il le fait mieux que personne. Toujours de bonne humeur, il semble emporter avec lui un peu de l'air frais du Maine. Cette bonne humeur souveraine lui donne une autorité bien au-dessus de son état.
Washington, 12 octobre 1941, Great Falls Park, Virginie
Dimanche après-midi, au bord du Potomac. Sous les arbres encore verts, des promeneurs se sont installés comme pour servir de modèle à un peintre impressionniste.
Une musique sous un pavillon moussu, un carrousel de chevaux et de girafes fait tourner une fille aux jambes nues et, de l’autre côté, un petit garçon. Un soldat et son amie mettent un sou dans une machine, un déclic, un air de jazz qui se perd à travers les arbres vers la lisière de lumière là où le Potomac brise son eau lisse sur les rochers.
Les journaux annoncent que les Allemands sont à 100 km de Moscou.
La musique du carrousel s’arrête, on n’entend plus que le grondement du Potomac. Une dernière voiture démarre soulevant une poussière rouge. Maintenant, les rayons du soleil couchant traversent l’ombre des arbres, le calme descend et semble immobiliser les derniers figurants.
Concepts d’infini, d’éternité, imaginés pour des usages conventionnels.
Si on se livre à des confidences, on se sent diminué, et on l’est généralement aux yeux de ceux qui les écoutent.
7 décembre 1941, Washington
Peter part pour Londres de Baltimore.
Lunch chez les Emmets. Mrs van Lichteren-Limpurg asks about Japan. I say I am convinced war is invitable. I had heard a conference from Fleicher about Japan policy.
When I come home, I hear that war is declared. {attaque japonaise à Pearl Harbor} We go to dinner with Bob Wallace {1}, Miss Maloney, Daughter of the Canadian counselor, Nancy, Frances and Fritz.
I feel depressed. I hate war, I don't find all the good in it, that people look for solace.
After, we drive to the White House, where Bob's father is in conference, and to the Japanese embassy. A few people in the street, reporters. Besides, every things looks normal.
Nancy m'offre un cheval.
Inquiétude.
{1} Bob Wallace fils du Vice-Président des États-Unis Henry A. Wallace.
Washington, 8 décembre 1941
La procédure habituelle. Des voix à la radio qui annoncent des événements sans beaucoup de réalité. La réalité, c'est la rue, des visages comme toujours, lumières, des officiers en uniforme. L'orchestre joue “It is autumn“, Bea Wayne, la voix de la femme américaine que j'aime, dure, différente, matérialiste. C'est curieux comme, lorsqu'il y a tellement de choses qui se passent, il y a peu de choses à dire.
San Francisco connait sa première alerte. Le seul cas d'hystérie, Kick Kennedy {2}.
[2] Kathleen Kennedy, sœur cadette du futur Président JFK.
On dit que la Suisse prendra les intérêts de l'Amérique au Japon. Devra-t-on représenter les intérêts du Japon ici ? J'espère que non. Discussion avec Dr Keller là-dessus.
Washington, 10 décembre 1941
Le Prince of Wales est coulé à Singapour. Ce soir dîner à la Légation, Mr and Mrs Wallace, très calmes, comme toujours. Stopford, commercial counselor of the British Legation. General Osborne. Colonel Lord Clayton. Berle. Mrs Moorhead. La conversation a pour sujet la guerre. Berle {1} pense à une attaque prochaine contre le Portugal, l'Afrique et la Colombie. Cependant, il dit : "but our policy is paying more dividends in South America."
Berle est persuadé que Nomura (ambassadeur pacifiste du Japon) ne savait rien. Deux pouvoirs au Japon, civil et militaire, juxtaposés.
Clayton : "Do you think France can be considered still as neutral... ?"
Berle : "Thinks are still in the wash, we don't know."
Bruggmann (ministre de la légation suisse) est certain que la campagne de Russie est un désastre.
{1} Aperçu IA de Google en mars 2026 :
Adolf A. Berle Jr. occupait le poste officiel de Sous-secrétaire d'État adjoint(Assistant Secretary of State) au sein du Département d'État américain. Proche de Franklin D. Roosevelt et membre du «Brain Trust», il gérait des dossiers de politique étrangère et de renseignement.
CIA (.gov)
Rôle en 1941 : Il jouait un rôle clé dans la liaison entre le Département d'État et le FBI, notamment pour la surveillance et la sécurité intérieure.
Action notable : Berle a témoigné sur les efforts du Département d'État pour contrer les activités des compagnies aériennes liées aux nazis en Amérique du Sud en 1941, notamment en demandant l'arrêt des ventes de carburant par Standard Oil.
The New York Times
Il a également été une figure influente de l'administration Roosevelt, contribuant à la planification de la politique américaine avant son entrée en guerre.
Washington, 11 décembre 1941
Il faudrait toujours connaitre une femme à qui on puisse téléphoner la nuit comme le jour.
Aujourd'hui, l'Allemagne et l'Italie déclarent la guerre aux Etats-Unis.
Journée agitée à la Légation.
Washington, autour du 14 décembre 1941
Un agent de la Gestapo, inscrit comme domestique, se cache à l'Ambassade d'Allemagne et est réclamé par le FBI. Thomsen (Hans Thomsen, dirige l'ambassade d'Allemagne, comme chargé d'affaire) proteste et déclare qu'il est un serviteur.
Aperçu IA Google de mars 2026 :
En décembre 1941, au moment de la déclaration de guerre, le poste d'ambassadeur d'Allemagne aux États-Unis était vacant. Le dernier titulaire officiel était Hans-Heinrich Dieckhoff, rappelé en 1938, et les affaires étaient gérées par des chargés d'affaires avant l'internement du personnel diplomatique après Pearl Harbor
Wikipedia +1
Dernier Ambassadeur : Hans-Heinrich Dieckhoff (rappelé en novembre 1938 après la Nuit de Cristal, le poste n'a pas été officiellement réoccupé au niveau d'ambassadeur).
Chargé d'affaires en 1941 : Hans Thomsen gérait l'ambassade à Washington jusqu'à la rupture des relations diplomatiques le 11 décembre 1941.
Situation en Décembre 1941 : Après le 11 décembre, le personnel a été interné, et la Suisse a repris la protection des intérêts allemands.
Washington, 15 décembre 1941
11h. State Dept. avec M. B. (sans doute le ministre suisse Bruggmann), ensuite à la Légation de Bulgarie. Carte à FBI. M. B. me demande ce que je désire faire, m'offre la section Bulgare.
3h 30, je reçois Nomura et le mène à la Résidence.
Ce soir travail jusqu'à à 3h., je vais à l'Ambassade d'Italie. Real me dit que... (original coupé).
Washington, automne 1941
Le ministre [1] aime ou n’aime pas, il n’y a pas de milieu. Ceux de ses collaborateurs qu’il n’aime pas, il ne les voit jamais. Il explique que la vue de l’un d’eux lui est insupportable parce qu’elle lui fait penser à un fonctionnaire derrière un guichet.
Aucun ridicule ne lui échappe. Il est doué d’un rare sens politique. Dès 1941, il était persuadé de la défaite de l’Allemagne. Il jouit d’une grande autorité personnelle renforcée par son mariage avec la sœur du Vice-Président des États-Unis.[2] Chez lui, j’ai appris que la véritable qualité d’un diplomate réside dans la personnalité, même dans l’originalité, autant dire qu’elle existe fort rarement.
[2] Vice-Président Henry Wallace mentionné dans les carnets par V.P. Wallace
Renforts de personnel arrivent de Berne, via l'Allemagne et le Portugal, ils ont l'air un peu pompeux. Ils semblent jouer aux diplomates, portant des «Homburg» noirs (chapeau), même des guêtres.
Ils emmènent avec eux la lourdeur bureaucratique du Palais fédéral. Il leur faut beaucoup de temps pour s'adapter au style détendu de la Légation, certains n'y arrivent jamais, le confondant avec un manque de sérieux: pas «anständig» (convenable).
Washington, 22 déccembre 1941
Ce soir, visite de l'Ambassade d'Allemagne, 17 portraits d'Hitler, de vieux cigares, des calandriers ouverts sur des notes hâtives.
Noël, travail jusqu'à 10h30 du soir.








Ultérieurement, la suite, 1942 aux Etats-Unis. Merci de votre lecture !




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