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Journal de Samuel Campiche, Etats -Unis 1940

  • cm
  • 17 avr.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 22 heures


journal de Samuel Campiche, extraits



2e partie : la guerre en paix


titre journal Samuel Campiche, 1940

New York, janvier 1940

La tenue de la guerre me donne l’intuition toujours plus nette que ça va mal aller.

 

Lettre de tante Hélène : certains des belligérants semblent avoir du plomb dans l’aile. Mme M. le dit au général Drum, qui, immédiatement, y voit un sens caché et important : la prépondérance des canons anti-aériens anglais sur les avions allemands.


Peter {1} de retour sur le "Manhattan ". Il veut repartir, se plait dans l'ambiance de la guerre. 


22 janvier 1940

Week-end à Woodstock et Fraconia sur le train-neige : 350 miles pour deux jours de ski !


Aujourd’hui au lunch, major Riley, ex-attaché militaire à Prague, puis à Bucarest ; il venait de revenir d’un tour complet de l’Europe, qui a clôturé 4 ans loin d’Amérique.

Un officier tchèque lui a dit en juillet à Prague [1], que 50'000 fusils demeuraient cachés et que leur organisation révolutionnaire attendait le premier signe de faiblesse de l’Allemagne.

Le mécontentement en Autriche grossit, Autrichiens moins pro-Allemagne qu’avant l’Anschluss [2] .

Il est persuadé de la victoire des alliés, visite de la ligne Maginot [3], moral magnifique, traitement doux et gaulois des hommes ; spécialistes à leur place.

Personne n’aidera la Finlande [4]. (…)

[1] Juillet 1939 : 4 mois après l’entrée de la Wehrmacht à Prague

[2] Anschluss : annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie le 12 mars 1938

[3] Ligne Maginot : elle a été tournée en mai 1940 par la Wehrmacht



New York, 2 février 1940

Reçu lettre très prometteuse de l’école Américaine de Tokyo.

En même temps, attente de réponse de Quaker Oats et décision imminente pour Pavillon Suisse.

Ce départ possible pour le Japon me remplit de cette instabilité, qui est un avant-goût de la mort. Les E.U. me paraissent soudains embellis à l'idée que je devrais quitter.


Reçu lettre de Marianne [1], très intelligente et utile.

J’aime me promener le long de Broadway.

[1] Marianne : sa sœur aînée de 2 ans, restée à Lausanne avec sa famille.



New York, mars 1940

À la croisée des chemins : offre pour être professeur de ski à Stowe, offre pour devenir professeur de littérature à l'École Américaine de Tokyo, banque à Buenos Aires ... Déchirements ...


New York, 8 avril 1940

Diner chez Mrs M. Le général Drum, le colonel Jaeger, qui fut attaché militaire à Varsovie  et à Bucarest, le colonel Baer, attaché militaire à Vienne et à Budapest jusqu'à l'assassinat de Dollfuss, etc...


Le colonel Jaeger croit à une invasion de la Suisse du côté de Bâle. Le colonel Baer l'estime improbable.

{1}

Le général Drum croit à l’efficacité des avions sur le champ de bataille.

Il regrette amèrement que les Alliés n’aient pas marché sur Berlin, dès la déclaration de la guerre {2}.

Le général porte un gilet blanc avec sa cravate noire. Un peu distant, regard mobile, sans objet apparent.

{1} Ils évoquent longuement la rapide défaite militaire de la Pologne contre l'Allemagne.

{2} début de la guerre : 3 septembre 1939


New York, Washington 16 - 25 avril 1940

Retentissement désagréable de l'activité de la Swiss Bank qu'on accuse de travailler pour l'Allemagne.

Vu ce soir Great Dictator. (...)

Tea chez les Randolph.

Washington, charmant entretien avec notre ministre (Bruggman, chef de la Légation suisse).

Aujourd'hui, manqué à la banque. Grave paraît-il. Manquerais-je toujours de discipline ? Travail assommant.


New York, 25 avril 1940

Dîner chez Elisabeth Crafts. L'ambassadeur Hugh Wilson, {1} fut en poste à Berlin: «la seule fois où j'ai vu Hitler converser et non déclamer, ce fut avec Hoover». Au cours de l'entretien, Hitler observa que la démocratie était le luxe d'une nation riche. «Chaque fois que je voyais Hitler, il m'ennuyait et je devais faire un effort pour être attentif. "Concentre-toi donc", me disais-je, "tu te trouves face à l'homme le plus puissant du monde"». Son peuple est dans l'extase. Goebbels, conversation plaisante. Goering, intéressant quand il parle «facts and figures».

Wilson semble douter de la possibilité de vaincre les Allemands, leur seule faiblesse, le défaut d'alliés.

{1} Hugh R. Wilson ; source Wikipedia, n'a été ambassadeur à Berlin que du 3 mars au 16 novembre 1938. Après le pogrom de la nuit de crystal du 9-10 novembre 1938, Wilson a été rappelé à Washington et n'est plus retourné en Allemagne.


New York, mai 1940

Peter (Dewey) propose que je l'accompagne en Palestine comme journaliste. Ne reçois pas le visa.


14 mai 1940

En rentrant du «Bath and Tennis», Toni Johnson me dit: «Well, now you go back, don't you, Geneva has been taken, it is in Switzerland, isn't it?» «Yes. Are you sure?», « Yes, really sure», « Yes».

Je vais chez les Wyeth, pas de confirmation. Gros choc, mais résigné.


15 mai 1940

Triste journée. Je peux m'habituer à l'idée d'un massacre, mais pas à une seule mort.

Contexte : percée décisive de l'armée allemande vers Sedan, qui comportait peu d'ouvrages défensifs, l'état-major français croyant que la densité de la forêt des Ardennes du sud de la Belgique était une protection suffisante. Bataille de France.


New York, 16 mai 1940

Les journaux disent que l’invasion de la Suisse est certaine. {1}

Je ne dois plus penser à moi.

 {1} Il y avait en effet des plans d'invasion de la Suisse par l'Allemagne et l'Italie. L'opération Tannenbaum. Les moments les plus dangereux ont été entre juin et octobre 1940, puis en 1943. Ces plans ne se sont jamais concrétisés, en fin de compte, mais il en a fallu de peu.

17 mai 1940

Plongée bouteille d'environ 20 pieds avec Horace Works.

Le soir, seul, je n'étais pas malheureux.


18 mai 1940

Horriblement abattu.

Télégramme - offre du Japon.

Etre bon. Plongée. Belle nuit. Lune. Me rappelle cette nuit de lune extraordinaire dans le Val d'Illiez, en patrouille avec quelques hommes.

 

22 mai 1940

Situation désespérée. « Courage, mes amis », déclare le général Weygand.

Hier j'attrappe un moon-fish au harpon. Horace a vu un jewfish de 7 pieds.


25 mai 1940

Répondu "Yes à Tokyo". L'indépendance produit du romantisme. Le romantisme du malheur.

 

10 juin 1940

Turretini est rentré. Situation extrêmement grave.

Pour l'observateur, catastrophe pure, sans un espoir.


New York, 12 juin 1940

Les Allemands sont à 10 miles de Paris.

Dîner au café St. Denis avec les Wyeths, Marie des Joyaux, et le colonel De Castelneau, content d’avoir reçu du « caporal », arrivé le soir même sur le Clipper.


13 juin 1940

Le « Times » : « French army nearly exhausted ».

Miséricorde, pas apparente, mais peut-être est-elle accordée dans l’intimité de la souffrance ?

 

14 juin 1940

Fin de la France proche.

Marianne m'écrit qu’ils construisent des tranchées dans leur jardin.

Refus de Quaker Oats.

Mrs. Phillips dit que Nussbaumer [3] est sûr de la victoire de la Grande-Bretagne avec l’appui économique des États-Unis.

{3} Banquier suisse


15 juin 1940

Reynaud resigns.

Lunch chez les vom Rath, bain à Red brooks colony.


17 juin 1940

La France capitule. Lunché avec Barbey. 7 de ses cousins ont été tués.

Contexte : discours radiophonique de Pétain du 17 juin 1940, demandant l'armistice.

 

29 juin

Lettre fantastique de Georges (Georges Perrin, son ami), après son voyage à Paris.

Télégramme de la famille déconseillant le Japon.

La Russie envahit la Roumanie.

Le Japon menace l'Indo-Chine.


New York, 7 juillet 1940

Lettre et amis déconseillant départ (pour le Japon).

Sensation de raté, perte de temps, paresse, lutte dans l'ombre pour une place ici.


New York, juillet 1940

Dornier[4] en séjour chez les Vom Meister[5] à Long Island. Dans le quartier de Yorkville, le film « Feldzug in Polen »[6] au milieu des applaudissements.

[4] Sans doute Claude Dornier, ingénieur aéronautique allemand.

[5] Représentant de IG Farben en Amérique

[6] Film de propagande nazie pour justifier l’invasion de la Pologne.


New York, 30 juillet 1940

Madame de W. vient d'arriver de Paris via Lisbonne et le "Clipper" de la Pan American Airways. Elle parle de golf à Saint-Cloud, à Biarritz, de diners amusants...

 

New York, 1er septembre 1940

Londres et Berlin Bombardés. On mobilise la National Guard. On ne voit pas comment l'Angleterre peut s'en sortir.


15 octobre 1940

Demain registration conscription.

Il faut se militariser pour lutter contre le militarisme, perdre sa liberté pour luter pour la liberté.



scan d'une feuille du journal de Samuel Campiche, en 1940
New York, janvier 1940

scan feuille journal Samuel Campiche mai 1940
New York, mai 1940

scan feuillet journal Samuel Campiche, mai 1940
New York, fin mai 1940

scan feuille journal Samuel Campiche mai 1940
New York, juin 1940

Ultérieurement, 1941, toujours aux Etats-Unis. Merci de votre passage !



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