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Paris 1973, c’est la Guerre froide. Le président français Pompidou lance une curieuse opération « Faites-le, mais je ne veux pas savoir comment et je ne vous donne pas un centime pour le faire ! » Jean Violet doit envoyer aux résistants polonais un monceau d’argent qu’il n’a pas. Autant dire mission impossible. Et pourtant…

 

ECHOS DE LECTRICES ET LECTEURS

Merci pour ces commentaires élogieux !

8 OCTOBRE 2021

l'email d'un ami

Je viens de terminer la lecture de ton livre que j'ai lu d'une traite. Bravo, je te félicite. C'est un vrai roman policier qui m'a tenu en haleine du début à la fin. Et quelle documentation tu as dû consulter! Ton imagination et ton style sont vraiment dignes d'un véritable auteur de romans policiers. Alors continue comme ça. Je vais commander "La pieuvre au Vatican".

16 NOVEMBRE 2021

email d'un ami

Après une quarantaine de pages lues sans pause, la chienne est venue me faire comprendre qu'il était l'heure de la sortie! Donc, la suite au retour de la promenade. Ces premières pages passionnantes laissent augurer de la suite.

9 MARS 2022

commentaire sur Amazon

Une histoire très bien écrite, subtile, sortie de l'imaginaire, mais qui pourrait très bien avoir une place dans la l'existence.

 

DÉBUT DU ROMAN

Ouverture - 1942 - 1973

automne 1942 - Algérie

L’officier anglais du SOE, le Special Operation Executive, créé par Churchill en 1940 pour combattre Hitler, avait voulu être payé d’avance.

En guerre, on ne savait ni le jour ni l’heure.

Le tout jeune recruté français Jean Violet l’avait amené dans une maison discrète que son camarade Alexandre de Marenches lui avait indiquée. Les femmes qui y venaient n’étaient pas des professionnelles. Elles étaient des bourgeoises, des épouses de soldats enrôlés, prisonniers ou morts. Elles s’offraient pour leur plaisir. Le suspense et une grande liberté régnaient dans ce lieu confidentiel. Les circonstances dramatiques de l’époque rendaient cela possible.

Le capitaine du SOE se retrouva avec ravissement dans cet endroit raffiné. Il resta longtemps fasciné par une barmaid rousse et enjouée. Elle avait les cheveux relevés, tenus par des épingles, portait une blouse stricte à longues manches et col ras, un tablier brodé. De temps à autre, elle quittait l’abri du comptoir pour servir les boissons. Elle était nue de la taille jusqu’au haut de ses bas noirs. Son retour au bar était une bénédiction pour l’officier. Il attendait avec patience cette allée-venue délicieuse. D’autres dames dévoilaient leurs charmes de manières subtiles.

Quelques hommes jeunes se risquaient aussi à ce jeu. La maison de trois étages recevait des visiteurs et des visiteuses. On y croisait l’amiral François Darlan. À Vichy, il avait dit à sa femme qu’il allait à Alger pour y faire soigner son fils. Il était là au moment du débarquement allié du 8 novembre.

Luis Buñuel, qu’on disait au Mexique, fréquentait aussi cette maison. Il y cherchait l’inspiration pour un film ; ce serait après-guerre, « Belle de Jour ». Avec son amant Jean Paulhan, on y croisait Anne Desclos qui écrirait plus tard « Histoire d’O » sous pseudo. Prudes ou prudents, les généraux américains Eisenhower et Clark avaient décliné l’invitation.

Le capitaine anglais y passa de belles nuits. En remerciement, il indiqua à Jean Violet où se trouverait la paille courte. C’était une mission suicide. Tuer l’amiral Darlan d’une balle de revolver dans la Résidence officielle laissait peu de chances à l’assaillant de parvenir à s’enfuir. Le commandement anglais n’avait pas connaissance des visites de Darlan dans cette maison des plaisirs. Sans quoi, il aurait ordonné qu’on le liquide là-bas. Et la maison aurait dû fermer.

20 décembre 1942 - près d'Alger

Malgré l’hiver, le vent chaud du désert soufflait. Il n’avait pas plu depuis un mois. L’air sentait le thym. Le capitaine anglais tenait six pailles dans ses mains jointes. Les six jeunes Français étaient au garde-à-vous devant lui.

Juste avant le tirage, Jean Violet avait soufflé à Alexandre de Marenches,

–– Tire sur les côtés.

–– Gentlemen, le moment est arrivé. Après ces deux semaines d’entraînement intensif, l’un de vous va avoir le privilège d’exécuter l’amiral Darlan, le collabo. Celui qui tirera la paille courte aura cet honneur.

Il passa devant chacun, commençant par sa gauche. Jean Violet était le premier de la rangée. Il savait où tirer. Sur les côtés. L’officier avait été clair. Il tira une paille longue. Après lui, Alexandre de Marenches tira lui aussi une longue. Puis Fernand Bonnier de la Chapelle piocha la courte. Il ne laissa rien paraître ni joie ni tristesse. Le capitaine le salua militairement. Bonnier répondit mécaniquement. Les cinq autres, contents d’y avoir réchappé, le félicitaient virilement. Ils avaient quartier libre pour quitter, jusqu’au lendemain soir, le camp du SOE.


Fernand Bonnier de la Chapelle tua Darlan le 24 décembre 1942 d’une balle de 7.65.

26 décembre 1942 - Alger

–– Apprêtez armes !

–– En joue !

–– Feu !

Le corps de Fernand Bonnier de la Chapelle s’affaissa sur le poteau. Grotesque. À moitié tombé. Retenu par ses liens. Mort sur le coup, on disait. Qu’en savait-on ? En était-on revenu ? La loque abattue sur l’immonde poteau l’avait vécue autrement cette fraction de seconde entre la vie et la mort. Sur l’avant, tous étaient d’accord, juges, exécuteurs, condamné. Condamné à la sauvette, le jour de Noël. Pour appliquer la sentence, on avait attendu le 26, les membres du peloton avaient tout de même droit au réveillon. On l’avait réveillé de nuit, poussé hors de la cellule. Il avait reçu les saints sacrements, avait marché jusque dans la cour, avait refusé le bandeau, et avait dit d’une voix douce,

–– Faites vite ! Visez au cœur ! Je vous pardonne. Vive la France !

Au nom de la même France, les balles l’avaient transpercé. Un millionième de seconde pour les vivants, une vie entière pour lui. Il avait revu les champs, les chemins creux, la lumière, les oiseaux, sa maman, les rires, le visage de Suzanne. Il avait revu le passé immédiat, quand il avait tiré la paille courte, sa fierté mêlée d’angoisse. L’exécution de l’amiral Darlan. Le procès bâclé en un quart d’heure ; son fol espoir d’être sauvé par ceux qui, au sein du pouvoir vacillant, étaient pour la liberté ; le silence, l’absence, la solitude, l’abandon de tous. Il partit.

Il fut réhabilité après-guerre à titre posthume, ce dont il fut enchanté au paradis des marionnettes.

 
 

UN EXTRAIT

Novembre 1973 - Italie

Hormis sa vie sexuelle diversifiée et heureuse, Aldo Bonassoli était un génie de l’invention. Dès son plus jeune âge, il tentait des combinaisons improbables auxquelles il croyait lui-même dur comme fer. Même lorsqu’elles ne fonctionnaient pas. Ce qui était le plus fréquent. Mais comme il y croyait, les autres y croyaient aussi, par symbiose. Son enthousiasme était débordant. Les spectateurs étaient entraînés par sa faconde et sa joie de vivre. Ils avaient foi en ses découvertes les plus saugrenues. C’était un phénomène d’ordre religieux. Une foi contagieuse dans le progrès et la technologie. Elle atteignait un niveau mystique, lorsque les moustiques de la plaine du Pô étaient supposés disparaître, touchés par le rayon Epsilon d’Aldo Bonassoli. Il vendait une simple lunette, acquise au marché de gros de Milan, avec une marge de 300%. Il prenait les commandes pour le lot à venir. C’était comme les anchois des tropiques de certaines épiceries transalpines chères à Pagnol, où les barils d’invendus avaient fermenté et grouillaient de minuscules bestioles. Ils étaient vendus plus cher que les anchois frais, parce qu’ils avaient acquis une saveur prononcée, idéale pour assaisonner les pizzas.

(...)

Aldo Bonassoli était donc un chic type qui adorait les espions. Surtout pour les rouler dans la farine puisqu’ils aimaient cela. Durant le fascisme, il fallait bien vivre. Il réparait les radios pour que la population puisse entendre les discours du Duce sans en perdre une miette. Subtils et pacifiques, les Italiens n’aimaient pas ces discours pompeux et belliqueux. Les radios étaient prises de pannes multiples et mystérieuses qui les avaient empêchés d’écouter leur cher Duce. Ils s’en plaignaient au travail, à grands cris et protestations, pour que tous les entendent bien. Comme les mouchards pullulaient, ce qui prouve que les Italiens n’étaient pas tous pacifiques et non violents, les privés de radio étaient absouts d’avance.

Ce phénomène de la vie sous dictature avait bien alimenté le carnet de réparations de Bonassoli. Il lui suffisait d’imposer ses mains d’or sur l’appareil détraqué, et hop, il fonctionnait à nouveau. Il octroyait un rabais sur la facture, souvent il ne faisait pas payer, lorsqu’il savait que son client était serré.

Cette compétence était revenue aux oreilles de la police secrète fasciste. Ses agents apportèrent des radios à Aldo pour qu’il y insère une écoute. Ils les installaient dans les hôtels ou les remettaient dans les logements privés où ils venaient de les prélever. Dans ces cas, Aldo n’avait qu’une heure pour maquiller l’appareil. Comme il devait miniaturiser, il avait inventé, par la force des choses et avant tout le monde, la mini bande audio et le micro -lecteur.

Pour les conversations anti-régime, le son des radios était toujours mis à fond. Les agents apportaient les bandes pleines à Bonassoli pour qu’il les rende audibles malgré la couverture de bel canto. Ce travail fin prenait du temps. Les agents revenaient plusieurs jours après. Par couper-coller, Aldo ôtait les passages compromettants. Puis il copiait la bande modifiée sur une autre vierge. Il y laissait quelques traces de bel canto, et la remettait aux agents qui étaient des crétins finis. Il était bien payé pour ce travail de précision et chacun savait, au sein des services de sécurité, qu’il servait fidèlement l’État fasciste. Mais à Milan, à Bergame, on était au fait que Bonassoli était un brave homme habile qui réparait les radios pour le prix d’un quart de pizza.

Après la chute du régime en 1945, Bonassoli déposa des brevets pour son micro-lecteur audio. Ils furent repérés par de grandes firmes, et imités après avoir ôté une vis et ajouté un boulon. Bonassoli, qui n’avait ni puissance productive ni marketing, se retrouva le bec dans l’eau. Mais il inventa beaucoup d’autres choses. Il aspirait à l’invention ultime, celle qui resterait dans les annales de l’Histoire. Il travaillait beaucoup, il étudiait. Il fréquentait la bibliothèque de Milan pour s’instruire. Ainsi, il avait nettement dépassé en connaissance le niveau de ses études. Elles étaient celles d’un expert en électronique, électricité, audiovisuel et vidéo. Ce qui était déjà pas mal. Dix ans après la fin de la guerre, le self made man avait atteint le niveau de physicien nucléaire. Mais il n’en possédait pas les diplômes. Il s’en fichait puisqu’il était meilleur physicien que ses confrères diplômés.

 

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