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Journal de Samuel Campiche de 1936 à 1938

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Dernière mise à jour : il y a 12 heures


Journal de Samuel Campiche, extraits

journal Samuel Campiche 1936 - 1938

Saint-Louis, septembre 1936

Cette nuit nous cherchons un endroit où nous serions seuls.

Nous traversons le Mississippi qu’on devine. Hautes fumées éclairées par dessous, fourmillement industriel sur les rives, gares de triage, multiples rails, cahutes ici et là. Enfin, nous trouvons un chemin entre deux remblais de voies ; l’une commence à s’éveiller, un train de marchandises passe avec des cahots cadencés. On respire de la suie. Parfois, un déchirement d’acier rompt l’ordre de ces rumeurs.

 

 

facsimilé d'un extrait de journal de Samuel Campiche
États-Unis, 1935 ou 1936

 

Champéry, septembre 1937

Brigade de montagne. Le dimanche matin, les soldats casqués vont au pas entendre le sermon d’un pasteur ou d’un prêtre. Je me déclare athée, chose pas prévue, j’y gagne quelques instants à être seul dans le campement désert.

 

30 avril 1938

Sa mère est morte. Mort, abstraction. Cela ne lui dit rien. Il continuerait à vivre comme avant, si il n’y avait pas des convenances ; et il se surprend à chantonner un air de danse dans la chambre de bain. Vraiment il n’est pas malheureux. Mais le soir, il se trouve enfin seul dans sa chambre, brusquement sa mère meurt pour lui seul.

 

facsimilé journal décès maman de Samuel Campiche

 

Castel Gardena, Santa Christina, septembre 1938 [1]

Le père de Drayton, William Phillips [2], Ambassadeur des États-Unis à Rome, interrompt ses vacances et retourne à Rome à cause de la crise. Drayton et moi rentrons en Suisse dans sa petite Ford allemande. Brenner, le Tyrol. Réalité ou imagination ? Menace palpable, la guerre tout d’un coup possible. À Bolzano, sur la place, une grosse Mercedes sortant ses boyaux, avec plaques zurichoises portant un fanion nazi, stationne. D’un mouvement irrésistible, je me dirige vers la voiture, arrache le fanion, puis nous disparaissons.


[1] À la veille des accords de Munich du 30 septembre 1938

[2] William Phillips, diplomate américain



23 septembre 1938

Pessimisme. Paix maximum à vivre, 6 mois, opinion générale. Je tremble à l’idée d’être mobilisé.

Liberté.

Je suis angoissé.

 

26 septembre 1938

La guerre semble inévitable, à moins d’un recul de l’Allemagne. À mesure que disparaissent les raisons d’espérer, l’espoir s’accroche à l’irrationnel.

 

27 septembre 1938

Mobilisations partielles à gauche et à droite. Impression de vivre les derniers jours avant un départ, un examen ( ...). Désir de partir, discussion avec Perrin, le départ semble ne pas réunir beaucoup d’avantages.


facsimilé journal Samuel Campiche, mobilisations partielles en Europe, en septembre 1938.

 

29 septembre 1938

La portée de l’espoir diminue, mais son intensité reste la même.

Les gens achètent des provisions, de l’or. Des étrangers partent, d’autres arrivent. Les hôtels sont pleins. Le soir au palace, dans le hall mal éclairé, des personnes de toutes nationalités écoutent les informations radio diffusées. Du fond de l’allée, parvient la musique du bar.

J’ai acheté 300 $.

Samedi, c’est l’échéance de l’ultimatum d’Hitler.

 

 



Voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Ultérieurement peut-être, la suite, 1939 et 1940 aux Etats-Unis. Merci de votre passage ! N'hésitez pas à commenter ✍🏼 ou à mettre des petits ❤️ si l'envie vous vient 😀



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