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Journal de Samuel Campiche, 1939

  • cm
  • 30 mars
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 3 avr.

Journal de Samuel Campiche, extraits



2e partie : la guerre en paix



EUROPE



Examens réussis le 24 décembre 1938, puis Rome à l'Ambassade des U.S.A. (il a 25 ans)


15 février 1939

De nouveau la terreur des nouvelles, la guerre semble vouloir éclater d’un moment à l’autre, mais entre qui et où ? Les Allemands entrent à Prague . Voilà mes plans contrecarrés par l’idée de la mobilisation. Je fais du service militaire. Je voudrais fuir cette infecte civilisation, mais pour chercher quoi ? Faut-il accepter toutes les souffrances, quelles qu’elles soient, en estimant que c’est notre lot d’une façon ou d’une autre ?



18 mars 1939

Verdun de Jules Romains. Pages 200 et suivantes : remarquable. {a}


{a} Verdun. Sa lecture illustrait l'absurdité atroce des guerres.

 

Gstaad, 20 mars 1939

Panique : guerre ? Lu « Verdun » dans le train en remontant cette nuit. Gros cafard. Papa mourant. Travaillé ce matin sans espoir à ma libération du département militaire. J’ai peur ; pauvre homme.

Cependant, malgré le danger, pas plus de liberté, pas plus de capacité de plaisir.

 

Davos, 26 mars 1939

Bon hôtel, belles femmes, beau ski, belle fin, si catastrophe.

 

St-Moritz, 31 mars 1939

”Papa ne souffre plus” télégramme ; le même jour Diavolezza. La douleur ne vient qu’en entrant le soir à la maison.


Grindelwald, 7 avril 1939

L'Italie attaque l'Albanie.

De nouveau terreur de cette guerre.

Fatalisme, pas encore.

 

Gstaad et Grindelwald, avril 1939

Mrs Peters avait télégraphié pour nos passages sur le ”Queen-Mary”, puis elle a changé d’avis.


Cartier : « Je vous ai vu descendre (à ski), fantastique, allez ne soyez pas modeste. »


Mrs Moore me propose de me donner ma liberté [5] pour me permettre de fuir l’Europe, elle l'admet ouvertement et naturellement.

La menace est si proche dans les cœurs que chaque instant présent prend une signification, une psychose de départ.

[5] l’auteur donnait sans doute des leçons de ski, à côté de ses études de droit à Lausanne.

 

Paris, 4 mai 1939

Une vie qui permet la guerre ne vaut pas la peine d'être regrettée.


Il y a une semaine, départ manqué sur le patrouilleur Hardy.


Lausanne, 24 mai 1939

Invité par les Moore à passer l'hiver avec eux à Governor's Island.

Similaire invitation from Drayton.


Lausanne, 30 mai 1939

Motta [6], qui vient de voir Mussolini, dit à Georges [7] : " Mussolini ne veut pas la guerre ".

[6] Giuseppe Motta, Conseiller Fédéral en charge des Affaires Étrangères suisses.

[7] Georges Perrin, ami de l’auteur


Indépendance, plus de maison, je détruis ou distribue tout, à part le strict nécessaire. Quelques habits, plus de Jo, plus de parents, plus de chambre, légèreté qui me donne le vertige.


facsimilé d'un extrait de journal de Samuel Campiche
15 février 1938

facsimilé d'un extrait de journal de Samuel Campiche
mars 1938


ETATS-UNIS


New York, 1939

8 h 28, je sors de chez moi au coin de Park avenue et de la 85° rue. L’express de 8 h 30 bondé ; une demi-heure, serrés ventre contre dos à lire le « New York Times » du type devant soi. Wall Street, passages souterrains, ascenseurs accédant directement à l’intérieur de la banque. 9 h 10, plus tard, mon arrivée serait pointée en rouge.

On s’installe devant une machine à écrire dans une salle commune. Agitation, les fonds affluent d’Europe. Dans des cages de verre, des êtres à part surveillent ; dès que le rythme des machines faiblit, au moindre signe de bavardage, leur œil sévit.

Au sommet du gratte-ciel, les dieux ont leurs bureaux, on ne les voit jamais, sauf à Noël, alors on fait semblant de ne pas les connaître.

Une demi-heure pour déjeuner, attente en file pour avaler un « swiss on rye », puis quelques minutes dehors assis dans le cimetière de Trinity ou sur les marches du temple Stock Exchange, le premier air, le premier ciel, depuis 8 h 28.

17 h, ruée vers le métro. 99 dollars par mois.

 

Les navires gris venus du monde en guerre, ombres inquiétantes sur les lumières de la ville.



11 novembre 1939, Governor’s Island

Je me promenais sur cette île, soudain une rumeur confuse, faite de sirènes et de klaxons nous parvint de la ville. Mon compagnon, le Colonel X. s'exclame : «la guerre est finie». Je me pris à espérer.


New York, 12 novembre 1939

Hier au Ritz Carlton avec Peter Dewey[1], Jack Feary et Ted McGraw. Je pars avant le dîner, craignant que les frais en soient trop élevés. Mal à mon aise, il m’arrive même d’avoir de la peine à dire simplement au revoir.

[1] Peter Dewey (1916-1945), journaliste. Par la suite, destin héroïque et tragique.


15 novembre 1939

On s'attend à l'invasion des Pays-Bas.

 

À suivre 1940 aux Etats-Unis. Merci de votre passage ! N'hésitez pas à commenter ✍🏼 et/ou à mettre des petits ❤️ si l'envie vous vient 😀



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