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Incroyable Hollywood en 1946 - retour sur Terre, Suisse, 1947 - journal de Samuel Campiche

  • cm
  • 17 juil.
  • 7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 1 jour

journal de Samuel Campiche, extraits (il a 33 ans en 1947)


Samuel Campiche devant le Département d'Etat à Washington, après la reddition du Japon

3e partie : après-guerre


1946 Californie


Mai 1946, Santa Barbara

À Hollywood où je vais pour la première fois, les Hillmann me donnent la clé de leur maison où j’arrive au milieu de la nuit.

Je finis par trouver ce qui doit être ma chambre.

Le matin, lever de rideau sur un jardin, une piscine, dans cette lumière diffuse propre à Hollywood. Un Chinois m’apporte un petit-déjeuner. Le soir, après être parti à la découverte de Hollywood, je rentre, je trouve des inconnus jouant au poker, l’un d’eux, Humphrey Bogart, en manches de chemise et bretelles.

Personne ne fait attention à moi, un bref « Hallo ».


 

Beverly Hills, septembre 1946

Dîner chez Walter Pidgeon.

Je reconnais la plupart des hôtes, vus au cinéma.

La conversation roule exclusivement sur l'univers hollywoodien.


Hollywood, septembre 1946

Soirée d’ouverture au Ciro’s avec Sacha de Manziarli. Charles Boyer, gâté par les jolies femmes standardisées de Beverly Hills, en arrive à leur préférer des laides.

Dîner chez Douglas Fairbanks, assis à côté de Myrna Loy , Rex Harrison. Discussion curieuse avec Rex sur le roi de Siam.

Tout le monde s’appelle « darling », « sweetie », « honey » ; Elsa Maxwell, journaliste à Vogue.

L’épouse de Ronald Colman à Myrna Loy : « Hon, you’ve been here so long! »

Elle : « What do you mean, sweetheart? »


À la sortie de la boîte de nuit, des badauds en quête de célébrités.

Commentaires de l’un d’eux voyant sortir un invité qu’il ne reconnaît pas : « He is nobody » !


Liens & note :

Humphrey Bogard, Charles Boyer, Douglas Fairbanks, Myrna Loy, acteurs-trices. Elsa Maxwell, journaliste. Ronald Colman, acteur et scénariste. Le film “Anna et le roi de Siam“ (joué par Harrison) vient de sortir en juin. L'auteur ne semble pas être au courant.

 

Hollywood, 6 septembre 1946

Déjeuner chez Romanov avec Harry Crocker et Jack Benny :

"Has anyone got a nickel before I change a dollar ?“

Les Howard Hawks, Dorothy Lamour, Orson Welles, Mary Pickford : ce mélange de désir de plaire encore et de détachement des femmes autrefois courtisées...


Hollywood, 8 septembre 1946

Après un cocktail chez les Alfred Spreckels, une "jam-session" entre artistes. William Powell, George Raft et sa poule Betty Dawes, stupéfiante de “chien“.


Hollywood, 10 septembre 1946

Laguna Beach chez les Metaxa.

Ensuite, soirée chez Charles Mendl. Puis ailleurs, on ne sait plus où.

Le cirque Barnum animant la soirée dans les jardins, mais personne ne lui prête attention.


Hollywood, 11 septembre 1946

Ouverture du "Mocambo" : Rita Hayworth, ensuite soirée Atwater Kent, Anita Louise.


Hollywood, 16 septembre 1946

Partie donnée en mon honneur par Elise Hunt : orchestre, braseros, 100 personnes.


23 septembre 1946

De retour en avion. Fin de séjour fantastique. Des étincelles sortent de l'avion. Immensité des nuits. Fragilité de mes amis. Grande satisfaction d'être dans le "swing of it", mais fatigue.


Washington, 25 septembre 1946

Arrivée à Washington, après interruption à Cincinati.

K. parle de rentrer en Suisse.

L'appartement avec ses vestiges.


New York, octobre 1946

Entretien avec Spaak, président de l'assemblée de l’ONU à Lake Success. Il déconseille à notre délégation l'entrée de la Suisse à l’ONU. Sa neutralité est suffisante comme base de sa politique étrangère.


New-York, octobre 1946

Ruses pour passer la nuit avec E. dans une chambre du Waldorf Astoria, contigue à celles de mes trois ministres. Très tôt le matin, l'un d'eux frappe à ma porte pour m'entretenir d'un câble urgent. Confusion, essais de gagner du temps pour la faire disparaitre et apparaitre frais et dispos.


Le Consul Nef, en service militaire, déplaça légèrement le tracé de la frontière pour pouvoir installer les latrines suisses sur le sol allemand.


Washington, 21 décembre 1946

Rien à faire à la Légation qui entraîne paralysie de l'argent. Au fond, pas travaillé à partir de juin 1946.


Washington, 27 décembre 1946

Une semaine assez malade de la gorge. Très entouré par amis de la Légation. Retour de New York où j'ai passé 6 semaines au Waldorf, attaché à la mission Zehnder. Travail intéressant. N'ai pas le temps de voir mes amis. Abandonne place sur l'America pour le 27 Décembre. Bruggman (Ministre de la Légation suisse à Washington) , à l'issue conférence, me parle de projet pour que je reste encore quelques mois, et autorise une vacance préalable en Suisse. Cependant, Zehnder, un jour plus tard, me parle d'un câble de Berne demandant mon renfort à la Division politique pour mars. J'approuve à la condition de l'accord de Bruggman. Zehnder m'assure qu'il l'obtiendra et effectivement, avant son départ, il me parle d'un téléphone à Washington et du consentement de Bruggman.


Contexte : (source IA Le Chat, mai 2026, extraits) :

"Alfred Zehnder (1900–1983) est mentionné comme l’un des ministres suisses impliqués dans les discussions à New York en 1946, aux côtés de Karl Bruggmann et Daniel Secrétan. Une lettre de Max Petitpierre (Conseiller fédéral) datée du 8 novembre 1946 indique que Zehnder faisait partie d’une délégation suisse attendue à New York pour discuter de la politique suisse à l’égard des Nations Unies." (...)

"En 1946, la Suisse n’était pas encore membre de l’ONU, mais elle maintenait une légation à Washington et une présence active à New York pour défendre ses intérêts, notamment lors des négociations post-Seconde Guerre mondiale (par exemple, les accords de Washington sur les avoirs suisses bloqués aux États-Unis).

La légation suisse à New York jouait un rôle clé dans la représentation des intérêts suisses auprès des institutions internationales naissantes, comme l’ONU, où la Suisse avait un statut d’observateur avant son adhésion en 2002."


Palm Beach, Nouvel An 1947

Chez Dolly O’Brien, Bill Hearst, Randolph Churchill, Sonia Tokovsky, Constance Bennett, Clark Gable. L’ennui poli, soit qu’il soit ressenti ou affecté.


William Randolf Hearst, magnat de la presse. Randolph Churchill, fils de Winston. Clark Gable, acteur.



1947 Etats-Unis



Washington, 11 janvier 1947

Retour de Palm Beach. Nommé 2ème Secrétaire. Réception White House. Danse avec Margareth Truman.


Washington, 25 janvier 1947

Les Bruggman donnent cocktail d'adieux pour Boissier et moi, pour 200 personnes et le 13, une fondue. Toujours plus impressionné par l'extraordinaire sagesse du Ministre dans les affaires de haute politique. Déchiré à l'idée de quitter ce chef exceptionnel. Quelle erreur.



1947 retour en Suisse



Berne 1947

À l’intérieur du Palais Fédéral où flottait une odeur de caserne, jamais un signe d’agitation ; les événements du monde, une fois perçus dans cette enceinte, étaient dédramatisés.

Au Palais, règles d’économie : pas d’ascenseur, pas d’eau chaude. Nous étions trois sous le toit dans des bureaux appelés « box », euphémisme pour cage, sans fenêtre, éclairés par une trappe au plafond.


On entrait au département des Affaires Etrangères comme dans un moulin ; les portes des bureaux étaient il est vrai fermées par des serrures, mais n'importe qui pouvait y pénétrer au moyen d'une pièce de quatre sous.

 

Dans notre « box », pas grand-chose à faire. On se distrait en accouplant en les renversant deux téléphones, après avoir appelé au hasard les numéros par exemple de deux Dr. Maier ou de deux Dr. Schmidt (il y en a beaucoup dans l’administration). Alors, on écoute : «Ja Maier», réponse «Ja Schmidt» et ainsi de suite, incompréhension, exaspération. Le ton monte, etc.

Ou bien, j’imite la voix du Secrétaire Général, Pierre Micheli, téléphone à Rappart dont le bureau se trouve de l’autre côté de la Place Fédérale : «Rappart, C’est Micheli, voudriez-vous passer me voir ?». Puis. On se poste, Würth, Rivo, Berthoud, à une fenêtre pour voir Rappart traverser sans tarder la place pour se rendre chez le Secrétaire Général.

 

Ensuite, on ne sait plus, mais il est aisé d’imaginer la scène :

« Bonjour Rappart ». Rappart s’assied, attend, rien ne se passe…

De son côté l’Ambassadeur Micheli, surpris, mais toujours courtois, s’étonne de cette visite inopinée d’un collaborateur qui reste muet.

 

Reprenant notre poste d’observation, nous voyons R. retraverser, lentement, songeur la Place Fédérale.

 

Ou enfin, Ziegler qui s’ennuie, invente la disparition d’un violoncelle inexistant qui fait l’objet d’une plainte écrite de sa main au Département lequel répond ; enquête, recharge, etc. Le dossier gonfle peu à peu, devient de plus en plus confus, chacun s’y perd. Notre chef Bernath, pas ou courant, nous demande de suivre cette affaire de près, au moment où nous préférerions la laisser s’endormir.

 

Berne, 1947

Les romands ne se mêlaient guère à la vie bernoise. Rares étaient ceux de nous qui par gout du monde, se joignaient à un cercle appelé en toute franchise : "La haute société" où régnait une grande dame.


1947 ou 1948 / date et lieu indéterminés

De Mayer, candidat au poste de capitaine des gardes du Pape, après avoir été révoqué du Département pour avoir uriné contre une église à Moscou ...


C'est en arrivant quelque part que j'ai le plus fortement le sentiment de ma vanité et de celle des autres.


17 décembre 1947

Descente à ski des Rochers-de-Naye, comme du vol à voile au-dessus du lac où le soleil projette des illusions d’été.


Paris, 17 mars 1948

De nouveau, le risque de guerre présent dans tous les esprits.

On mentionne mon nom pour Dehli, Tokyo.


Antibes, juin 1948

Eroll Flynn avec sa nouvelle femme, princesse roumaine de 17 ans, champagne d’un jéroboam sur la terrasse de son appartement à Eden-Roc. Parti avec Freddy Prince et Larry Bigalow, avec ma Ford 1939, de Berne le vendredi soir à six heures, arrivés à huit heures à Cannes, repartis à dix heures le dimanche soir de la Napoule, pour être à Berne à neuf heures du matin.


Paris-Lausanne, 2 décembre 1948

Peine à trouver gare de Lyon dans brouillard épais et retour horrible, sans air, dans ma couchette. Brouillard tantôt léger, tantôt lourd, percé par un soleil rouge sans éclat. La brume donne aux lumières et aux femmes une plus grande douceur.



facsimilé feuille de journal de Samuel Campiche
Hollywood, 1946


facsimilé feuille de journal de Samuel Campiche
New York, 1946

facsimilé feuille de journal de Samuel Campiche
Palm Beach et Washington, fin 46 et début 47

facsimilé feuille de journal de Samuel Campiche
1948 ?

Ultérieurement : ... 1949 en Inde


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