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ambassadeur au Maroc sous Hassan II - 1964-1967 - Journal de Samuel Campiche

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journal de Samuel Campiche, extraits (il a 50 ans en 1964)



4e partie : fifties & sixties





MAROC sous Hassan II



Rabat, 1964

Rabat comme une ville arabisée de la Côte d'Azur, médiocrité d'une bourgade de province. Pourtant l'Océan. Les Français, à part l'architecture coloniale, ont laissé un héritage de restaurants, de salons de coiffure, et de pétanque.


La nuit tombe comme un couvercle, province française et secret arabe. Plus rien ne bouge. Les chiens aboient; au loin, le grondement de l'océan.


Les Français sont partis ou se préparent à partir. Pas confiance.


Je passe mon temps à réclamer une indemnité pour les Suisses assassinés en même temps que les Français lors des troubles de Meknès, et une compensation pour leurs biens nationalisés.


Le Sud enchanteur, mais c'est loin.


Les ambassadeurs doivent suivre le Roi dans ses déplacements. Il faut apprendre à changer de tenue rapidement, jaquette, frac, uniforme, costume de ville, etc. ; parfois le cortège de voitures diplomatiques s'arrête au bord de la route et on voit les chefs de mission se changer dans les buissons.



Je reçois la visite d'un oncle du Roi accompagné d'une suite, le rôle de chacun indéfinissable.

Ayant quelque chose à me demander, il m'appelle « Votre Bienveillance ». Le temps passe, derrière les arabesques du langage, il est difficile de voir en quoi je peux lui être utile, mais non de prévoir que je ne saurai l'être.


À la présentation des Lettres de créance, on prend congé du Roi à reculons au risque de trébucher, car il y a plusieurs degrés.




Mon collègue soviétique, Chvedov, avec lequel je me suis lié d'amitié : mon « visage transparent l'intrigue et l'amuse. » Cela le frappe, car chez lui on apprend à avoir un visage de marbre.


Paris, mai 1964

Le Baron de Cholet insiste pour que je vienne admirer, avenue Georges V, son appartement, ses Renoir, sa maîtresse, son, sa, ses, etc.


La démarche d'Angela, gracieuse elle fend la foule telle une voile.


Ne jamais faire la remarque « spirituelle » à laquelle tout le monde s'attend.


« L'infini turbulent » d'Henri Michaux ; pas sûr de l'avoir bien compris, mais il a provoqué chez moi certaines impressions :

Le « fini » est à la fois notre prison et notre sauvegarde.

L'homme a besoin de s'entourer de « fini », famille, principes, clichés etc., sans quoi son esprit se déréglerait. Mais ce « fini » a un double tranchant, conventions, opinion publique, souvent cruelles. Alors une fuite dans le flou de l'infini est-il un soulagement ? Comment y parvenir, mescaline ? informaline ?

En fermant les yeux et en regardant à l'intérieur des paupières, déjà se dessine l'avant-scène de l'infini turbulent.


L'ambassadeur soviétique Chvedov, charmant et cultivé. Son père semblant sorti d'une nouvelle de Tourgueniev, longue barbe blanche, col dur, redingote de lin blanc ; peint des paysages romantiques.

Chvedov propose un toast à un dîner auquel il m'a invité : « à la Suisse qui donne au monde un exemple de sagesse ».

On cause, il me met en garde ; nous ne pourrons jamais être sincères l'un avec l'autre, « et puis vous savez, de l'autre côté de la rue, à travers les vitres et les murs, on pourrait saisir chacune de nos paroles ».

Il me donne un cadeau, une montre russe gravée : « à S. C, son ami Ch. » Je sais que je ne reverrai jamais cet homme extraordinaire.


Rabat, février 1966

Seule notre ignorance donne une valeur relative aux choses.


Qu'est-ce que le monde sans soi?


Cette préoccupation de l'opinion d'autrui, de l'ensemble de celle des autres comme d'une conscience omnisciente qui, toujours attentive, vous juge. Effet du calvinisme.


Il y a un art de se taire. Je ne l'ai pas.


Rabat, 18 juin 1966

Palais de Dar el Salam, dans l'ombre des forêts de chênes, des djellabas blanches ; un homme priant au milieu du tohu-bohu des voitures quittant la réception du Shah. La suite empesée de l'Empereur semblable à des portiers, à casquettes surchargées de galons d'or.


facsimilé d'une page du journal de Samuel Campiche en février 1966. Jaunisse.
facsimilé d'une page de journal en février 1966. Episode de maladie.
Samuel Campiche et Hassan II vers 1965
Samuel Campiche et Hassan II vers 1965
probablement avec Hassan II lors d'une visite à une manifestation suisse au Maroc


Ultérieurement, le printemps de Prague et l'invasion soviétique 1967-1971

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