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Le Bureau ovale III (nouvelle)

il y a 5 jours
3 min de lecture

Récit imaginaire. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou mortes, ou des événements réels, passés, présents ou futurs serait de pure coïncidence.

Deux prisonniers dans la cour d'une prison.
illustration : IA Midjourney



Le Bureau ovale, chapitre III


L’ancien président Al J. Duck a pris ses quartiers dans le pénitencier de Dakota Worth, connu pour son régime peu sévère. On y trouve les cols blancs arnaqueurs récidivistes et les financiers véreux. Le célèbre Madov y avait fini ses jours, après y avoir acquis de la respectabilité auprès des autres détenus. Il leur enseignait comment s’y prendre à leur sortie. En qualité d’ex-président, Al J. Duck jouit d’un régime de faveur. Le directeur de la prison et nombre de ses cadres sont des duckistes convaincus. Ils appliquent la loi, le jugement et les consignes avec le moins de rigueur possible. Par un heureux hasard, le directeur a déniché une magnifique villa à prix cassé, aux Bahamas, juste après l’arrivée de son hôte illustre. La chance a aussi tourné pour les matons subalternes, gavés d’actions promotionnelles gratuites sur les hamburgers.

 

C’est ainsi qu’Al J. Duck, qui n’a pas été ruiné par la décision du tribunal, loin de là, peut aménager sa peine à ses goûts. Il a pu refaçonner sa cellule, en en regroupant quatre. Les murs ont été abattus, de fausses cloisons de Placoplâtre ont été dressées pour que la nouvelle cellule soit ovale. Il y tient beaucoup. Depuis qu’il a obtenu cette faveur, il invective moins les gardiens et les détenus. L’atmosphère de la prison est apaisée. Plus les objets qui l’entourent sont de forme ovale, plus le célèbre détenu est calme. S’il s’agite trop, le repas lui est présenté sur une assiette de cette forme, et, s’il le faut, dorée.

 

L’ancien tsar russe a pris perpète et se trouve dans le même établissement.

Pourquoi aux États-Unis ? C’est une histoire que pourrait parcourir un roman russe. Après sa défaite de sa longue et sanglante guerre d’agression contre son voisin, il a été balayé du pouvoir. Cela s’est passé en deux temps. D’abord une rébellion de palais, genre garde prétorienne contre l’empereur, dans la Rome antique, puis rapide évolution démocratique. Il a été assigné dans l’une de ses résidences, après le premier putsch. Dans la seconde phase, il a été transféré au Tribunal pénal international, pour répondre de ses crimes contre l’humanité. Après le jugement, le TPI lui fait exécuter sa peine dans un pays plus sûr que la Russie, où ce qui lui restait de partisans aurait risqué de le faire évader.

 

Les États-Unis sont redevenus fiables après la désastreuse expérience duckiste. C’est ainsi que le destin vient de réunir les deux hommes qui, à eux deux, ont causé le plus de tort au monde, dans la première moitié de ce siècle. Ils se croisent à la promenade et échangent des souvenirs d’anciens dégoûtants.

 

Deux autres dégoûtants n’ont jamais pu être déférés au Tribunal pénal international. Ils n’ont pu être condamnés que par contumace. Il s’agit bien sûr des chefs respectifs du Hamas et du gouvernement israélien. S’ils sont attrapés un jour, leur peine est originale. Ils auront le choix, soit la perpétuité pour crime contre l’humanité, soit dix ans dans la même cellule. S’ils choisissent tous deux la deuxième option, les dix ans peuvent être réduits s’ils conviennent d’une paix des braves en Palestine, ainsi que d’un dispositif solide, permettant réconciliation durable et coexistence pacifique.

 

Al et Tsar, comme ils s’appellent à présent, sont devenus potes. Enfin presque.

— Tu n’as plus rien contre moi, Tsar, espèce d’enculé, lui sort Al à tout bout de champ !

Sa vareuse bleu marine de taulard masque à peine sa graisse. Ses cheveux longs, décolorés à l’eau oxygénée, sont noués en catogan pour la promenade. Dernier vestige de coquetterie.

— C’est vrai, mon cher Al, tu as été condamné pour bien pire que tes galipettes moscovites.

— C’est toi qui vas me lécher le cul à présent ! Chacun son tour, s’esclaffe Al.

Le visage de Tsar est moins expressif qu’une meringue glacée.

— Ton style direct m’amusera toujours, mais détrompe-toi !

Il montre à Al deux groupes d’hommes dans la cour.

Des silovikis. Ses tchékistes.

Tsar utilise son argent, d’abord pour sa sécurité.

Al est silencieux, soudain. Pour la première fois, il songe à s’évader.

Seul.

Loin de Tsar et de ses gardes du corps.

Faut qu’il se protège, lui aussi, au lieu de dilapider pour ovaliser ce qui lui reste à vivre.

Même s’il obtient son transfert, il ne sera pas à l’abri.

Ce type est un tueur.

Un vrai.

Tous ceux qui se sont mis en travers de sa route ont fini au mieux dans une décharge.

Pour la première fois de sa vie, Al réalise sa fragilité. Bien plus qu’à son procès.

C’est sa peau qu’il joue.

S’il échoue à devenir poli.

Impossible, trop de mauvaises habitudes.

Il se sent foutu.

Ferme sa grande gueule.


(Suite aux actualités)





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