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début du nouveau thriller - La Bifurcation Berlin 1933

  • cm
  • 24 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 7 jours

Un monstre noir se profile contre une falaise, au bord de laquelle une foule se trouve une foule insouciante. Quelques personnes dansent sur le monstre, d'autres tombent de la falaise dans le vide.

Un nouveau bouquin, c'est comme une petite naissance pour son auteur(e) : c'est donc avec une grande joie que je vous fait part de la sortie de ce roman, le 15 mars 2026. Mais c'est une joie paradoxale, car ce sujet grave ne résonne que trop avec notre actualité.


Les deux femmes étaient plongées dans leurs lectures, leurs fauteuils et leurs pensées. Seuls le craquement d’une bûche dans la cheminée ou la rumeur d’une automobile sur l’avenue venaient habiter le silence.

Un livre échappa des mains de Liselotte et tomba sur le parquet.

— Dire qu’un type pareil a décroché plus du tiers des voix ! Ça me rend malade !

Annemaria posa son journal, tisonna le foyer et remit le Mein Kampf dans la bibliothèque.

— Papa a tout de même gagné, observa-t-elle, il est réélu pour sept ans.

Elle s’était rassise, encore un peu lasse ; elle avait beaucoup dansé, la veille. Sa nièce, elle, marchait en tous sens.

— Oui, mais grand-père a déjà 85 ans. Qu’arrivera-t-il à terme, avec ces salauds ? J’en ai des frissons. Dire que Hitler a magouillé pour devenir allemand ! Juste pour pouvoir se présenter à l’élection présidentielle !

— Tu tiens ça d’où ?

— D’un ami du Brunswick. Comme il était autrichien, il s’est fait nommer conseiller à la culture, par ses petits copains nazis du gouvernement provincial. Hitler expert culturel, tu vois ça ! Comme fonctionnaire, il est devenu allemand d’office. Et ça, juste avant le premier tour ! Et puis, cette lettre !

Liselotte la lui tendit.

— Elle se fait embobiner.

L’écriture à la plume était fine. Le grain irrégulier du papier artisanal surprit le bout des doigts d’Annemaria, sans qu’elle en prenne vraiment conscience. Elle lut et relut le courrier, en silence.

 

Bonn, jeudi 7 avril 1932

Chère cousine Liselotte,

J’étais avec une amie hier soir à une réunion… NAZI ! Oui ! Il faut vivre avec les événements intéressants de son époque, je trouve, et je me sens parfois possédée par un esprit aventureux ! Naturellement, nous avions demandé s’il y avait un danger quelconque : non, à condition de se tenir tranquille. Ainsi fut fait ! Avec des manteaux de pluie et des bérets, nous avions l’air d’innocentes électrices, qui voulaient se faire une opinion. La réunion avait lieu dans le Stadtgarten de Bonn, avec police naturellement. Partout des hitlériens avec leurs casquettes noires, leurs bottes et leur salut imitation fasciste, la main levée et criant « Heil Hitler ! »

Deux orateurs ont parlé, tous les deux admirablement bien, avec entrain, feu, rage, ironie et humour, tour à tour, certes de vrais orateurs et non pas nos politiciens usuels ! Il faut avoir le sens critique plus développé que celui des nazis pour découvrir le point faible des démonstrations, et il existe, mais les nazis ne le voient pas ! Exemple : « L’inflation est théoriquement impossible avec le gouvernement actuel, mais pratiquement infaillible. Avec nous, elle serait théoriquement infaillible et pratiquement impossible. Nous avons des moyens de l’empêcher. » « Bravo, bravo, Heil Hitler ! » crient les nazis, mais mon amie et moi, qui ne sommes pas croix gammée, nous attendons en vain quels sont les fameux moyens pour empêcher l’inflation, pour que tout aille pour le mieux dans la meilleure des Allemagnes, mais… rien, nous ne saurons jamais si les moyens sont bons ou mauvais ! Voilà ce qui est idiot dans les discours politiques. La réunion a duré jusqu’à 11 h 15 du soir, mais certes, je ne me suis pas ennuyée et j’ai bien ri avec tous aux plaisanteries lancées par les orateurs. Tu peux compter que j’ai entendu parler des juifs ! et du chancelier, avec quelle haine !

Finalement l’assemblée a entonné « Deutschland über alles » (car, naturellement, chaque parti travaille uniquement « pour la patrie » !) Et tout le monde a hurlé trois fois « Heil Hitler ! » C’est étonnant ce que chaque chant national est impressionnant, « Deutschland » autant que les autres. Mon amie et moi étions vraiment impressionnées. J’ai acheté des journaux et des opuscules croix gammée que je t’enverrai. Cela intéressera ton chéri sans doute. Dis-lui que j’ai été à cette réunion ; j’ai le « Westdeutscher Beobachter », le « Programme de Hitler » « Nous brisons le marxisme ». »

 

— Elle n’a que vingt ans, dit Annemaria, après un temps de réflexion. Elle est quand même très mûre et lucide, pour son âge ; elle ne croit pas les mensonges nazis. Mais ce qui me frappe, comme toi, c’est qu’elle a l’air aspirée, malgré elle, par l’ambiance festive et l’adhésion de la foule. C’est très pernicieux et ça touche de plus en plus de gens, autour de nous.

 

Les deux parentes ne se ressemblaient pas. Avec son chignon bas, Annemaria évoquait la Baltique, visage rond et yeux écartés, tandis que Liselotte tenait de quelque ancêtre khazar. Sa chevelure noire, ses traits minces et son nez espiègle, ses fous rires surtout, avaient conquis son compagnon. Une photo du jeune couple, prise l’été précédent à la mer, trônait sur une étagère. C’était Annemaria qui avait capté ce moment heureux. Son regard s’y attarda. Elle ressentit le sable encore chaud de l’après-midi sous ses pieds nus, le soleil bas, qui apportait juste la chaleur qu’il fallait à son corps, lové dans la cabine de plage, qui la protégeait du vent. Il emportait les cheveux dénoués de Liselotte, sur la photo.

Celle-ci, toujours debout, fixait sa tante ; elle secouait la tête et écartait les bras, sans mot dire. Pour toute réponse à cet appel, Annemaria lui sourit et la jeune femme se laissa tomber sur le divan, les mains dans ses abondants cheveux bouclés. Le regard dans le vague, elle finit par soupirer.

— Et cette coterie dont le Tout-Berlin se moque !

Elle avait de la peine à respirer, comme après sa chute de cheval de l’année précédente. Elle avait déniché le Mein Kampf dans la vaste bibliothèque, sur incitation du mari d’Annemaria, professeur d’histoire contemporaine. Annemaria s’assit auprès de sa nièce et la prit dans ses bras sans parler, caressant avec douceur ses cheveux qui sentaient le jasmin.

 

*

 

Mercredi 13 avril 1932, Berlin, Palais présidentiel, Wilhelmstrasse

Le poêle à charbon ronflait dans le salon de réception. Le calendrier indiquait le printemps, mais c’était le pôle Nord. Et pas qu’en météorologie. Lorsque le chancelier du Reich entra, le Président de la République, le maréchal Paul von Hindenburg — il cumulait les titres ronflants — le toisa de toute sa hauteur symbolique et physique. La différence de taille donnait toujours cette impression avec Hindenburg, quels que soient ses interlocuteurs. La coupe en brosse du vieillard et sa moustache créative rapetissaient encore plus ses visiteurs. Ce jour-là, il s’agissait du chancelier et du ministre de la Sécurité, qui, lui aussi, cumulait les titres, ceux de ministre de l’Intérieur et de la Défense. Le chancelier aurait été bien en peine de régater avec la brosse du maréchal : il était chauve. Sa redingote corsetée et son maintien raide marquaient sa réserve pour le locataire du lieu.

— Monsieur le Président, nous vous demandons instamment d’interdire les milices communistes et nazies !

L’œil du chancelier, qui fixait Hindenburg, était celui d’un requin en quête de son dîner.

— Et pourquoi, Monsieur le Chancelier, questionna le président ?

Calé dans son fauteuil, il lissait sa moustache en guidon de bicyclette.

— Ces bandes enfreignent sans cesse la loi. Les Sections d’Assaut nazies ont gonflé à 400 000 ; quatre fois plus que notre armée ! Ils molestent la population. Notre pays est en grand péril.

— Et pourquoi maintenant et pas hier, cingla Hindenburg !? Vous êtes pourtant Chancelier depuis deux ans !

Jusqu’ici, le président avait toléré les chemises brunes. Il les percevait comme un pis-aller de rempart contre le spectre bolchévique, sinistrement à l’œuvre en Russie.

— Ça tombe sous le sens ! Ces hordes ne se gênent même plus pour tuer !

Le chancelier marqua une pause et reprit d’un ton qui suggérait l’inverse.

— Monsieur le Président, votre brillante réélection vous donne légitimité pour agir.

Le ministre de la Sécurité toussota. Les trois autres se tournèrent vers lui :

— Nous venons de découvrir, au siège du parti hitlérien, un plan d’attaque contre la démocratie, contre vous, Monsieur le Maréchal !

À l’énoncé de son titre, le Président fit volte-face :

— D’accord, on va leur botter le cul, à ces agitateurs de brasserie ! Pardonnez mon langage de caserne, messieurs ! Passez-moi ce décret, je vous prie !

Il rendit le papier après l’avoir paraphé et se leva, signifiant que l’entretien était terminé. Il devait faire sa sieste.

— Pouvez-vous raccompagner ces messieurs, Meissner ?

Otto Meissner, le secrétaire d’État, s’extirpa de son siège ; sa veste ample et son gilet tentaient de masquer son embonpoint ; dans son dos, on le surnommait « Girouette », surnom qui convenait mieux à son attitude en politique qu’à sa silhouette.

......

C'était dont le début du nouveau  thriller - La Bifurcation Berlin 1933, à paraître le 15 mars 2026.

Sera en vente sur ce site ou Amazon, en poche ou en ebook.


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