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Une expérience infructueuse de recherche d’éditeur

Dernière mise à jour : 3 janv.


photo de Christophe Mercier de novembre 2023 à une exposition sur Tintin, devant des personnages d'Hergé
le fond de l'air est frais

En 2023, j’ai approché directement 25 éditeurs pour 3 manuscrits, mais ça n’a rien donné. Malgré l’échec apparent, cette démarche m’a au moins appris à me mettre à la place des éditeurs !

 

Trouver un éditeur, ce ce n’est pas de la tarte !

Pour mes quatre premiers romans, dans un éclair de lucidité pour éviter une recherche infructueuse d'éditeur, je n’avais même pas essayé, j’avais d’emblée autoédité ; avec plaisir d’ailleurs.


Pour les suivants, j’ai voulu en avoir le cœur net ! J’ai donc soumis trois textes à des éditeurs, me pliant à leurs conditions diverses, qui figurent sur leurs sites respectifs. Certains veulent un synopsis, d’autres non. Certains les souhaitent de 1500 signes, d’autres de 500, d’autres d’au moins 5000. Beaucoup veulent un manuscrit papier, quelques-uns exigent police et interligne précis. Les uns imposent du recto verso relié, d’autres un seul côté imprimé et non relié. Pour ceux qui pensent aux forêts et n’exigent que l’envoi électronique, c’est plus simple. Mais là encore, il peut y avoir des exigences de forme.

 

Après l’envoi, on attend.

Certains répondent, d’autres non. Certains ont des délais de trois mois, d’autres, six. La plupart réagissent dans les temps. Quelques éditeurs indiquent d’emblée que s’ils ne répondent pas, c’est qu’ils ne sont pas preneurs. Les réponses, par poste ou courriel, sont aimables. L’un m’a même spontanément retourné, et à ses frais, le manuscrit de France en Suisse !

 

Les réponses ont toutes été négatives, mais dans une forme positive. Elles ont la délicatesse de ménager la sensibilité de l’auteur. Deux exemples :

 

« Nous avons examiné avec attention votre manuscrit. Malheureusement, notre comité de lecture n’a pas retenu l’ouvrage que vous avez bien voulu nous confier. Vous devez savoir que les impératifs spécifiques de nos collections, d’une part, et un programme de publication déjà trop chargé, d’autre part, nous obligent à des choix sévères, qui parfois nous laissent à nous-mêmes des regrets. »

 

« Hélas, votre proposition ne correspond pas tout à fait à notre ligne éditoriale. Nous ne pouvons donc y donner une suite favorable et nous le regrettons. » 


 

Il était instructif de proposer plusieurs manuscrits à un même éditeur, dans des envois séparés, à des dates différentes. Beaucoup répondent d’une manière strictement identique. Si je n’avais reçu qu’une seule réponse, je me serais laissé bercer par les envolées de regrets et les expressions flatteuses, du grand art de l’emballage qui me rappelle la réponse que m’avait faite, à Londres, une dame fortunée que je courtisais pour qu’elle dépose une fraction de ses immenses avoirs dans la banque qui m’employait alors. Nous nous connaissions bien, je lui avais donc posé la question franchement. Elle m’avait répondu avec une grande gentillesse, tout en dégustant le thé qu’elle m’offrait, Not for the moment, ce qui, chez elle, signifiait Jamais. Un Allemand m’aurait rétorqué Nein, subtiles différences culturelles.

 

 

Pour revenir à la forme passe-partout des refus d’éditer, je la comprends tout à fait, car, si un éditeur indiquait la raison authentique de sa non-entrée en matière, il offrirait une prise, ne fût-ce qu’infime, à laquelle l’auteur-trice s’agripperait, pour argumenter et insister, ce qui donnerait des échanges interminables et sans issue de ce genre :

« Le style de votre roman est perfectible. »

« Je vais le réécrire et vous renvoyer le manuscrit corrigé. »

« L’histoire manque de relief. »

« Je vais ajouter des rebondissements. » 

« Votre scénario ne déborde pas d’originalité. »

« Je le réécris en complexifiant. »

« La richesse lexicale laisse quelque peu à désirer. »

« Je vais l’enrichir avec les suggestions du logiciel Antidote. »

« Les personnages ne sont pas suffisamment incarnés. »

« Je vais leur ajouter des tics, des tocs, des rides, des manies, des passions, des doutes, des amours, des vices cachés et je vous renvoie le texte. »

« Si le sujet est intéressant, il nous a cependant semblé que la mise en œuvre romanesque était un peu fragile. »

Cette belle franchise-là, je l’ai reçue réellement, pour Diagonale italienne, en septembre 2023.

 

Ils ont bien raison, les éditeurs, d’offrir des surfaces lisses qui ne laissent aucune aspérité à laquelle l’ego des écrivains-es puisse s’agripper.

 

En mai 2023, pour La Bifurcation, une uchronie utopique sur Adolf Hitler, un éditeur m’avait motivé son refus de manière approfondie, une rareté bien sympathique. Du coup, j’avais tenté de rentrer par la fenêtre ! Comme leur réponse était plutôt élogieuse pour mon texte, je ne résiste pas au plaisir de vous la citer :

 

« (…) Nous vous remercions pour l’envoi de votre manuscrit “La bifurcation” que nous avons lu avec intérêt. 

Nous relevons un style dynamique et une maîtrise du français et de la grammaire qui en font un roman plaisant à lire. 

Cependant, le contenu lui-même a, par certains aspects, suscité la retenue de nos lecteurs.

En particulier, le traitement satirique et humoristique du sujet, bien que rafraîchissant, donne lieu à des raccourcis et des caricatures qui rendent inévitablement le propos partial. 

Nos lecteurs ont émis des doutes quant à la pertinence de traiter un sujet aussi grave sur un tel ton. 

N’étant pas historiens, nous ne sommes pas en mesure de juger la frontière entre faits historiques et libertés littéraires.

Nous ne serions pas en mesure de nous positionner sur les questions qui pourraient surgir, les débats et les avis opposés. 

Pour ces raisons, nous sommes au regret de vous annoncer que nous ne publierons pas votre manuscrit. 

Nous vous remercions néanmoins de nous l’avoir soumis, et nous soulignons à nouveau la qualité et le dynamisme du texte qui, sur la forme, nous a beaucoup plu (…). »

 

M’accrochant désespérément à cette ligne de vie, je m’étais empressé de répondre :

 

« (…) Je vous remercie de votre courriel. Je regrette bien sûr la décision de votre maison, mais je la comprends tout à fait, car, si j’étais éditeur, je me poserais sans doute les mêmes questions.

J’apprécie que vous ayez trouvé des qualités à ce texte et je vous suis sincèrement très reconnaissant de m’avoir explicité votre choix, ce qui m’encourage à poursuivre ma recherche d’éditeur.

Permettez-moi de vous exprimer ma sensibilité sur les deux questions de fond soulevées.

Il me semble que pour La part de l’autre, Eric-Emanuel Schmitt, ou son éditeur, avait fait contrôler le livre par un ou des historiens. Pour prévenir les problèmes que vous relevez à juste titre.

Concernant le traitement satirique et humoristique, cela a été fait au cinéma avec succès et délicatesse, The Great dictator, To be or not to be, La vie est belle, Train de vie, Mein Führer. Si le propos est de bonne foi et qu’il ne consiste en aucun cas à faire “rigoler” sur l’horreur, mais au contraire à tourner en dérision les persécuteurs, il peut être compris et accepté (…) »

 

Ma tentative de retourner la situation était restée lettre morte. Avec sagesse, l’éditeur ne m’avait pas répondu. Il avait d’autres chats à fouetter que d’argumenter à l’infini avec l’auteur d’un manuscrit refusé.

 

Ce n’est évidemment pas le conseiller financier que j’ai été, qui va mettre en doute la nécessité de tri rigoureux par les éditeurs. Ils ont une entreprise à faire tourner et plusieurs flops éditoriaux d’affilée les précipiteraient dans le gouffre.

 

 

Pour solde ?

Tout comme en algèbre, moins par moins égale plus. Je me focalise à nouveau sur l’autoédition. Elle implique certes que les bouquins passent un peu inaperçus, mais elle me fournit une immense et précieuse liberté. Il y a vingt ans, c’eût été impossible. Il y a vingt ans, pas d’éditeur, pas de livre. Aujourd’hui, grâce à l’autopublication, mes petites histoires peuvent s’envoler, ne pas rester en cage.

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